Oui, on a le droit!

image tirée du film Le Monde selon Tippi, 1997

« Arrête ! On n’a pas le droit ! » … combien de fois avez-vous entendu cette phrase dans la bouche des enfants ? Combien de fois, l’avez-vous prononcée à l’égard de vos propres enfants ? de vos élèves ? En ce qui me concerne, en tant que non française, la première fois que j’ai entendu le mot «  droit «  sur les lèvres d’un enfant, j’avoue avoir été surprise. Et, un jour, j’ai fini par comprendre que cette question « de droit » de l’enfant apparaît même chez les tout-petits, qui la répètent sans en connaître la signification et qui l’interprètent plutôt dans l’unique sens d’interdiction, de prohibition tout court. Mais qu’est-ce qu’un mot comme « droit » a à faire dans la bouche des enfants ?

« Droit », nous dit le dictionnaire, a plusieurs significations. Une fois la géométrie écartée (!), restent l’acception juridique (l’ensemble des lois et dispositions juridiques qui régissent la société), et celle qui nous intéresse ici : le droit en tant que « légitimité et faculté de jouir de quelque chose et d’accomplir une action ». C’est dans ce sens que, avec beaucoup de conviction, ce mot est crié aux quatre vents de façon aussi catégorique que disproportionnée.

Je précise : il est évident que nous n’avons pas le droit de sauter par la fenêtre ou de (nous) faire du mal… C’est bien dans la prévention des dangers que ce « non-droit » a toute sa légitimité. Toutefois, répétée au fil du temps, cette injonction négative se transforme inconsciemment en un « non-droit » instauré par la société entière pour ne pas sortir des rangs. Elle dégénère quand elle devient une interdiction absolue de jouir de nos droits les plus simples, les plus naturels, dans des domaines qui sont considérés comme dangereux parce que inconnus, par exemple s’aventurer en dehors des sentiers battus, explorer, oser découvrir ce qui se cache au-delà des barrières et des murs. Ces murs qui sont les nôtres, que nous construisons au fil du temps autour de nous-mêmes, pour nous protéger des autres et du monde.

Finalement, le message plus ou moins caché est qu’« on n’a pas le droit » d’oser s’émanciper de ces conventions instaurées il y a longtemps par des lois sociales, en vigueur à l’école comme dans toute institution, de s’autoriser à se tromper et d’en retirer des enseignements, de ne pas écouter qui décide pour nous, pour « notre bien » comme le disait Alice Miller.

Sans savoir comment, un jour nous nous retrouvons adultes avec tout ce qu’implique ce mot : responsabilité, travail, institution, carrière, argent, succès, réussite… des concepts qui nous étaient totalement étrangers lorsque nous étions petits et que nous nous imaginions adultes. Car lorsque nous rêvions de grandir pour devenir comme notre père, notre mère ou comme tel héros ou telle star, nous étions loin, par chance, de tout ce fatras de notions et surtout de la charge qui va avec. Ce que nous voyions, nous le regardions à travers les yeux de l’enthousiasme : tout était possible, notre imagination ne connaissait pas de limites, et ce, quel que soit notre contexte social et culturel, que nous soyons riches ou pauvres, bons ou mauvais à l’école, calmes ou hyperactifs…

Reprenons donc nos droits, à partir de ceux de notre enfance. Rééduquons- nous d’abord à les reconnaître car souvent ils s’entremêlent avec les désirs, les dons et la capacité à rêver, une autre caractéristique de l’enfance.  Oui, on a le droit !

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