En feuilletant une revue…

     

         Je tombe sur un article « La Chinoise, une mère
supérieure ? »[i] où il est
question d’Amy Chua, une Sino-Américaine mère de deux filles, dont le livre Battle Hymn of a Tiger Mother[ii] 
(Hymne de bataille d’une mère tigre) a provoqué des nombreuses réactions aux
États-Unis et mêmes chez nous. 
Dans un ton catégorique, froid et, en apparence, totalement démuni
d’ironie, elle nous explique en quoi le modèle éducatif ainsi que le modèle de
mère chinoise qu’elle représente, sont supérieurs à ceux que l’on connaît en
occident. Dans l’article, elle se fait un plaisir d’égrener la liste
d’interdictions qu’elle a imposées à ses deux filles, comme par exemple :
« participer au théâtre de l’école et se plaindre de ne pas y participer » ;
ou « choisir leurs activités extrascolaires » ; ou
encore « jouer d’un autre instrument que le piano ou le
violon »…  Ce que cette mère
dit est le contraire exact de tout ce que ce je propose. Mais ce qui frappe,
ce n’est pas de lire ses argumentations. Non, ce que cet article provoque est
le constat d’un monde divisé en deux, avec d’un coté ceux qui partagent son
point de vue (ils sont des milliers, et non seulement en Chine), et de l’autre
tous ses opposants (des milliers aussi, à en juger des réactions vives qu’elle
a provoqué dans les medias du monde entier). Des raisons historiques existent
qui font que le modèle éducatif en vigueur en Chine, ne peut pas en principe,
se classer parmi les plus « épanouissants » pour les enfants. Faut-il
prendre au pied de la lettre le proverbe « Le bonheur issu du bonheur n’est pas le vrai
bonheur, le bonheur né de la souffrance est le vrai bonheur» comme un distillé
de la philosophie éducative de ce pays ? Ce qui est intriguant dans le fait, est la façon que le cri de cette
mère-tigre  a de nous renvoyer à
nous – mêmes et notre histoire… Elle ramène surtout à une idée de
l’éducation, et de la vie, comme chemin de souffrance ; une idée qui a
construit des générations d’enfants pendant des siècles d’une histoire dont
nous sommes issus; une idée qui est encore bien enracinée dans notre
inconscient collectif à tous. 

Personnellement je n’ai pas envie de choisir,
comme elle le fait dans le titre évocateur de son livre, la bataille. Mais
plutôt de me souvenir des leçons apprises de tous les éducateurs éveillés, parents comme enseignants qui sont à l’oeuvre dans la création d’un monde nouveau : dépasser les divisions c’est aller dans
le sens de la joie.

[i] Paru sur Clés, Avril-mai 2011
[ii] Amy Chua Battle Hymn of a Tiger Mother, Penguin Press, 2011

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