Le sens de l’éducation: Eduquer pour éveiller les consciences

Éduquer pour éveiller les consciences 

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« Vouloir
devenir enseignant c’est vouloir transmettre des savoirs, donner le goût
d’apprendre, éveiller les consciences… »
affirmait il n’y a pas très longtemps, l’ancien ministre de l’Education
nationale Vincent Peillon à l’occasion du lancement des ESPE, les nouvelles écoles
de formation des futurs enseignants. Eveiller
les consciences !
C’était bien la première fois, à ma connaissance,
que l’on utilisait ces deux mots ensemble dans le contexte de l’école. A mes
oreilles ceci a sonné comme un présage de changement à l’intérieur d’une
institution historiquement si réfractaire à traiter des sujets comme la conscience combiné avec celui de l’éveil
Que voulait dire le ministre par éveiller les consciences ? Et de
quelle(s) conscience(s), de quel éveil, parlait-il? Etait-il, ce message,
un timide signal qu’un changement de cap est en cours à l’école? Un besoin de redonner
à l’éducation du sens au sein de notre monde malade, et contribuer au
développement d’une autre conscience pour l’humanité ? La nouvelle
ministre s’étant apparemment placée dans la continuité de son prédécesseur,
nous aurons peut-être l’occasion de savoir qu’est ce que cela signifie
concrètement dans les temps qui viennent. Pour le moment, l’envie m’est venue
de reprendre ces mots éveiller les
consciences
et y ajouter le complément par
l’éducation
pour ouvrir le débat sur l’unique question essentielle par
rapport à l’éducation, celle de son sens. 
Pour un souci de cohérence, il serait d’abord
utile dans cet article de s’entendre sur le mot conscience, car nous n’en avons pas tous la même représentation. Idéalement,
la discussion interpellerait des multiples domaines de la connaissance humaine,
comme la philosophie, la morale, l’éthique, la psychanalyse, la médecine, les
neurosciences, l’écologie, les arts, les religions et la spiritualité .
Ceci n’est pas le lieu, mais nous pourrions affirmer que le mot conscience est
par excellence un concept qui ouvre à la transdisciplinarité, en se plaçant au
delà et à travers ces disciplines évoquées et même d’autres, pour à la fois les
contenir et les dépasser. Je me limiterai donc à quelques digressions qui
pourraient servir, par exemple, à ces futurs enseignants qui se posent des
questions sur leur rôle d’éveilleurs des consciences.
Conscience morale, conscience de soi 
Souvenez-vous du Grillon-qui-parle de
Pinocchio, ce personnage qui lui disait la « vérité
essentielle » … une vérité  tellement insupportable à entendre
que Pinocchio lui envoya un coup de marteau sur la tête en le laissant collé au
mur, raide mort ! Mais puisque la conscience
morale
(car c’est bien de cela que s’agit-il) ne meurt jamais, le Grillon
revint en tant que fantôme pour rappeler à Pinocchio que les enfants sages
doivent obéir à leurs parents, aller à l’école, apprendre un métier. Telle est
sa fonction : en véritable juge de nos actions, la conscience morale nous
permet de distinguer le bien du mal. Traditionnellement enseignée à l’école,
elle a profité d’un regain de notoriété lorsque le ministre Peillon l’a récemment
réintroduite afin « d’aider chaque élève à édifier et renforcer sa
conscience morale dans des situations concrètes et en référence aux valeurs
communes à tout honnête homme »…
Je ne saurai pas tenir rigueur à
Pinocchio, même enfant j’ai toujours trouvé le Grillon-qui-parle très pédant et
un tantinet suffisant. Car la marionnette qui voulait manger, boire, dormir,
s’amuser et se balader du matin au soir, n’exprimait rien d’autre que les
désirs naturels de chaque enfant. Il faut considérer que, dans la vision
utilitariste du dix-neuvième siècle[1]
le compte a été écrit, la morale qui consistait à bien dresser les petits pour
qu’ils deviennent des adultes obéissants, avait toute sa place. Seulement que –
voilà que Pinocchio en saurait très embêté – cette vision de l’éducation et du
monde perdure dans la conscience collective des années deux-mille. D’abord
« on n’est pas là pour s’amuser » ni dans la vie, encore moins à
l’école. Puis, pour être « bon élève » il faut apprendre à obéir sans
poser trop de questions, surtout celles qui dérangent, l’école étant encore un
lieu où l’on sanctionne encore trop souvent lorsque on commet des erreurs et l’on
s’écarte du chemin tracé pour trouver le sien.
La conscience
morale ne peut pas exister sans la conscience
de soi
à laquelle sont attribuées au moins deux significations majeures :
la connaissance de l’homme de ses propres pensées, ses sentiments et ses actes,
mais aussi sa capacité de percevoir ces mêmes pensées et ces actes. Et voilà que, avec ce concept une autre croyance persistante fait son
apparition, dérivée de la pensée cartésienne, qui affirme que la conscience de
soi est la prérogative unique de l’humain, en nous distinguant des animaux qui
en seraient privés. Ceci malgré le fait que les neurosciences se soient emparées
récemment de la question[2],
en remettant en cause ce principe et la pensée dualiste qui l’a générée,
c’est à dire que l’esprit et le corps sont deux entités distinctes.
Bien que ce soit
grâce à ce type de conscience que l’homme se construit en
tant que sujet, la conscience de soi n’est pas nécessairement synonyme de connaissance de soi, encore moins de prise de conscience ! Car lorsque la
véritable prise de conscience s’opère, un profond bouleversement interne se
produit qui investit le corps, les sentiments, la sphère des pensées. Tel un
raz-de-marée dans notre psyché, il dépasse les limites du sujet pour finalement
devenir conscience de l’Autre, des autres, du monde, de l’univers tout entier.
C’est l’émergence d’une conscience plus large, une conscience qui ignore les
frontières, pour se relier autour d’une
communauté de destin et d’une identité partagée, conditions sine qua non d’une véritable
citoyenneté universelle.[3] C’est la promesse d’une conscience terrienne pour l’humanité, dont
nous parle Edgar Morin : « l’éthique, dit-il, dont les sources à la
fois très diverses mais universelles sont solidarité et responsabilité, ne
saurait être enseignée par des leçons de morale. Elle doit se former dans les
esprits à partir de la conscience que l’humain et à la fois individu, partie
d’une société, partie d’une espèce ».[4]
Comment donc parvenir
à cette prise de conscience par l’école ? Certainement pas, telle est ma
conviction, par des cours de morale théoriques… Et, même si l’on remplaçait
le mot morale par celui d’éthique, qui
est plutôt une réflexion argumentée en vue du bien agir fondée sur des valeurs qui
devraient orienter nos actions, le souci de faire vivre ces valeurs à l’école
serait toujours là. Prenons l’exemple de l’empathie : inutile de
l’apprendre sur les livres ou par cœur, l’empathie doit se pratiquer, vivre, se
partager ! Imaginer donc d’éveiller les consciences des élèves par des
discussions philosophiques provoquées par des proverbes écrits au tableau, ne peut
pas contribuer pas au changement de l’école, encore moins des consciences. Car
une véritable transformation doit être radicale, courageuse, elle doit oser la
transdisciplinarité, en prenant en compte une fois pour toutes la dimension qui
manque à l’école, celle de la spiritualité.  

    

Conscience globale
Une autre conscience existe qui englobe
le tout. Depuis des millénaires, des sages,
des philosophes et des chercheurs en éducation comme Sri Aurobindo,
La Mère, Rudolf Steiner, Krishnamurti, mais aussi plus récemment Schumacher, Abraham
Maslov, Mathieu Ricard ou le Dalaï Lama même, nous ont montré qu’il est nécessaire, pour évoluer, non seulement
d’acquérir des connaissances, mais aussi de stimuler le développement de la
dimension de l’être profond. Il nous ont montré que le véritable sens de
l’éducation, entendu comme processus tout au long de la vie et donc relevant
aussi du champs non-scolaire, réside dans la poursuite de cette connaissance de
soi.  Ainsi, dans une telle vision de
l’éducation le maître devient un maitre
d’éveillance
comme le dirait René Barbier.[5]
Il devient « celui qui sait qu’il ne sait pas »,
qui (se) découvre, fait apprendre et apprend en même temps que les autres, tel
Jacotot, « le Maître ignorant » de Jacques Rancière.[6] En véritable éveilleur de
conscience il connaît l’art du questionnement,[7]
il rejette l’affirmation, les réponses toutes faites, les certitudes et les
dogmes. 
Voici donc que éveiller les consciences devient un acte de transgression dans la
mesure où les savoirs constitués sont
questionnés non seulement à partir d’une approche théorique, mais aussi à
partir de la connaissance de soi, de la dimension subjective de la personne, de
son affectivité, de sa mystique, de son rapport au monde. Et lorsque les connaissances
sont convoquées, tous les champs disciplinaires le sont, comme la pratique de
la pleine conscience, le yoga, la relaxation, ou encore des pratiques
artistiques plus créatives qui commencent timidement à rentrer à l’école.
Cette vision
éducative est confortée par la recherche actuelle en psychologie à propos du flow et sa valeur
pédagogique. L’état de flow, ou l’expérience
optimale
[8]
advient lorsque, par exemple, les enfants (tout comme les artistes) sont complètement
immergés et concentrés dans des activités auxquelles ils s’adonnent, on
pourrait dire « âme et corps ». 

Il s’agit d’un état modifié de
conscience spontané qui s’articule autour des étapes suivantes, validées dans le
contexte éducatif:[9]

• Sentiment de maîtrise/contrôle de l’activité–absorption
cognitive
• Perception altérée du temps
• Absence de préoccupation à propos du soi – dilatation de
l’ego
• Sentiment de bien-être –activité autotélique
Les sujets interpellé décrivent le flow comme un
sentiment d’engagement total et
de réussite, un état de bonheur et joie profonde qui ouvre à
une autre façon d’appréhender la réalité et donc la connaissance. C’est ainsi
que la joie à l’école a toute sa place : utilisée comme émotion-guide,
elle nous indiquera que la soif, la curiosité d’apprendre sont là. Il s’agit
seulement de la stimuler par des activités qui impliquent la participation de
toutes les dimensions de l’humain : le corps, les émotions, l’intellect et
l’esprit. Telle est l’approche de l’éducation intégrale, le sens ultime d’une
éducation qui ouvre les portes à
l’éveil des consciences de nos élèves.

Antonella Verdiani
Basé sur un article paru dans la revue Présence n°2, 2015



[1] Les aventures de Pinocchio ont été
écrites en Italie par Carlo Collodi en 1881, au même moment où Jules Ferry
lance en France la réforme de l’école sur la base d’une morale laïque, inspirée
par les valeurs de l’ordre, du devoir et de la soumission aux hiérarchies
sociales.
[2] Le neurologue
Antonio Damasio parle de «conscience-noyau », une  conscience
phénoménale  que l’homme partagerait avec d’autres espèces animales et qui
permettrait la fonction de synthétiser à des cerveaux relativement complexes.
[3] Une
conscience européenne est émergée
de la recherche menée sur des jeunes français par Nicole Lapierre, Alfredo
Pena-Vega, Julien Lefour et Jennifer Vincent L’émergence d’une conscience européenne chez les lycéens. Le cas de la
région Poitou-Charentes
, Conseil Régional de la Région Poitou-Charentes,
2007 (à paraître aux Éditions Atlantique).
[4] Edgar
Morin Enseigner à vivre. Manifeste pour
changer l’éducation
. Actes Sud/Playbac, 2014
[5] L’expression
a été utilisée par René Barbier, professeur émérite en sciences de l’éducation,
dans ses cours sur Krishnamurti à l’Université de Paris VIII en 1996.
[6]
Jacques Rancière Le maitre ignorant, Fayard,
1987
[7] A ce
propos, on rappellera les fameuses classes tenues par Jiddu Krishnamurti dans
les écoles fondées par lui-même en Inde, Etas Unis et Angleterre, tradition qui
continue de nos jours par les classes dites d’« inquiry » (le
questionnement ou l’art de poser des questions).
[8] Mihaly Csikszentmihalyi,
Vivre: La psychologie du bonheur,
Paris, Editions de poche, 2006
[9] Heutte & Fenouillet, 2010, cités
par le Rapport Bien-être et éducation,
Fabrique Spinoza, novembre 2013 

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