The flow

Dans les années ‘90, Mihaly Csikszentmihalyi définissait le bonheur comme un état indépendant des conditions externes, mais dépendant
 plutôt de la façon dont elles sont interprétées, car elles résultent de
l’orientation des individus vers des intérêts matériels et/ou immatériels. Son
travail est largement connu au grand public à propos de ce qu’il appelle le flow, « l’expérience
optimale », clé de l’épanouissement de l’individu, caractérisée par
« un état de flux, de mouvement et de concentration vers la réalisation de
tâches qui mobilisent toutes les compétences. »[i] 
Si l’on pense aux enfants en particulier, il n’est pas rare de les observer
pendant qu’ils en font l’expérience lorsque, par exemple, ils se concentrent
sur une activité (un jeu, un dessin, la construction d’un objet…) ou sur
l’observation de quelque chose qu’ils aiment spécialement. Regardez cette vidéo du point de vue du flow. Au delà des cris enthousiastes « au genie » (qui me paraissent personnellement deplacés car cette experience est accessible à tout enfant qui aurait accès à des conditions semblables), cette fillette de 4 ans est totalement prise par sa peinture, âme et corps. Ses parents, semble-t-il, ont l’intelligence et les moyens de la laisser faire: un espace lumineux lui est consacré, du matériel, des toiles et des couleurs à profusion, et surtout la liberté de pouvoir jouer avec tout ça, tant pis pour la robe ou les cheveux! 
Je me souviens avoir
observée moi-même ma fille de 3 ans lorsqu’elle fabriquait des collages qui
rappelaient des tableaux d’art moderne pour leur originalité et qu’elle collait
après coup sur la porte de sa chambre. Comme pour la fillette de la vidéo, rien ne pouvait la distraire de cette
tâche qui l’absorbait totalement; tout son corps, son visage, ses petites mains
étaient en accord avec les gestes qu’elle menait avec une grande précision et
une assurance étonnante pour son âge. Transportée par son œuvre, elle rayonnait
de bonheur car elle était en contact évident avec celle que Guy Corneau appelle
sa propre source créatrice, son égo étant «dilaté par un type d’action où
l’on s’oublie soi-même ».[ii] C’est un
état où l’identité disparaît de la conscience et la temporalité est suspendue, c’est
l’« ouverture d’une porte vers le ciel » comme la décrit un poète
interviewé par Csikszentmihalyi. 
Aujourd’hui un nombre
grandissant de recherches s’intéresse à l’étude du Flow en contexte éducatif, par
exemple pour étudier les questions autour de la motivation des élèves du
supérieur, de l’impact des pédagogies actives ou du soutien des étudiants par
les enseignants : tâchons de croire qu’elles puissent ouvrir grande la
porte à une autre approche de l’éducation, celle qui laisse la place à la joie
de l’être.

[i]  Csikszentmihalyi, Mihaly Vivre, la psychologie du bonheur, Robert
Laffont, 2004. A ce sujet lire aussi de Dominique Chapot  Et
si on choisissait d’être heureux ?
Editions du Seuil, 2006
[ii] Csikszentmihalyi,
Mihaly La
créativité – Psychologie de la découverte et de l’invention
, Robert Laffont, 2006.

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