AUROVILLE, 15 aout 2011

Le traditionnel Dawnfire (le Feu à l’aube) pendant la méditation collective à l’aube dans l’amphithéâtre d’Auroville pour la célébration de l’anniversaire de la naissance de Sri Aurobindo et la fete de l’indépendance en Inde. 
Auroville, dont le nom signifie « la cité de l’Aurore » est située
près de la Côte de Coromandel à dix kilomètres au nord de la ville de
Pondichéry, ancien comptoir français dans le Tamil Nadu en Inde du Sud.  Cette ville a été créée d’après la
vision de Mère, Mirra Alfassa
Richard, considérée comme la compagne spirituelle de Sri Aurobindo. Si le
concept d’une communauté internationale consacrée à l’unité humaine, trouve ses
origines dans les oeuvres de ce dernier, ce sera pourtant la Mère qui lui
donnera une forme concrète, et qui déclarera en 1965 :
«
Auroville veut être une cité universelle où hommes et femmes de tous les pays
puissent vivre en paix et harmonie progressive au-dessus de toute croyance, de
toute politique et de toute nationalité. Le but d’Auroville est de réaliser
l’unité humaine »[1]
Pour la bâtir, une poignée de jeunes, en majorité des français, se
lance donc à la fin des années soixante dans la construction d’un projet de
ville de 50,000 habitants : le site choisi est un plateau désertique à
basse altitude, très érodé, s’étendant à l’est vers la mer. À cette époque,
dans la région il n’y a rien que de la terre rouge avec un seul petit arbre au
milieu (le banian aujourd’hui au centre de la ville), « dans un état de
désertification avancé ». Pourtant, la motivation est forte, comme l’expliquent
les Auroviliens[2]
interviewés :« les gens sont arrivés à cause d’un appel intérieur
(…), un rêve d’enfance jamais formulé ni compris » dit Gilles, un de ces
pionniers, qui continue :
« Mère
disait : n’importe quel touriste vient toujours à cause d’un appel
intérieur, peut-être il n’en a pas conscience, mais c’est toujours un appel
intérieur. Donc, pour moi, je me suis très rapidement rendu compte que c’était
un appel intérieur, qu’en fait ça correspondait à un rêve d’enfance que je
n’avais jamais formulé ni compris, (…) je suis persuadé que je suis né pour
Auroville, c’est marqué sur mon âme et il n’y a rien d’autre à faire (…). Il
faut une certaine dose d’héroïsme, c’est un yoga en général, c’est l’héroïsme
de chaque instant. Parce que, fondamentalement, la chose absolument essentielle
c’est la maîtrise de l’ego et des désirs…», un appel intérieur qui s’est
confronté à la rudesse de la situation extérieure.
Une terre désertique à la fin des
années soixante
Dans un climat subtropical, avec des étés très chauds et de fortes
pluies dans la saison des moussons, le premier groupe de résidants doit faire
face à l’érosion et la sécheresse, dans des conditions hygiéniques et
matérielles dures, motivés cependant par la construction de cette « utopie
sur terre », comme l’appelle Mère. Il ne faut pas oublier que nous sommes
dans les années qui ont donné lieu à Mai ’68 et aux mouvements hippies dans les
Etats-Unis : ce rêve d’humanité nouvelle rejoint en cela le rêve du
changement social imaginé par la jeunesse du moment.  L’une des priorités des résidents a été donc la régénération
forestière et le reboisement de la région : des milliers d’arbres et
d’arbustes (plus de 2 millions à ce jour) sont plantés. Après plus de quarante
ans, un résultat évident du point de vue environnemental, est la création à
Auroville d’une région très verte et à moitié couverte de forêts, développement
qui n’utilise aucune technologie polluante, mais des systèmes qui engendrent
des énergies durables.
La ceinture verte aujourd’hui
Depuis ses débuts, le souci de ses fondateurs a été d’inscrire
Auroville dans un cadre officiellement reconnu par la communauté
internationale, soutenu par l’Etat indien. C’est pour cela qu’en 1966, le
projet d’Auroville est présenté auprès de la Conférence générale de l’UNESCO
par le Gouvernement indien et approuvé à l’unanimité : ce soutien
continuera de façon régulière jusqu’à nos jours avec, par exemple, la
célébration des quarante ans d’Auroville à l’UNESCO le 10 octobre 2008. Le 28
février 1968 des représentants de 124 pays et de tous les états de l’Inde
s’étaient réunis pour inaugurer officiellement Auroville et déposaient sa
Charte qui déclare :
« 1.
Auroville n’appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute
l’humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville, il faut être le
serviteur volontaire de la Conscience Divine.
2.
Auroville sera le lieu d’une éducation perpétuelle, du progrès constant et
d’une jeunesse qui ne vieillit point.
3.
Auroville veut être le pont entre le passé et l’avenir. Profitant de toutes les
découvertes extérieures et intérieures, Auroville veut hardiment s’élancer vers
de futures réalisations.
4.
Auroville sera le lieu de recherches matérielles et spirituelles pour donner un
corps vivant à une réelle Unité Humaine. »[3]
Après la mort de la Mère, en
1973, Auroville a connu une passe difficile. Les Auroviliens en conflit avec
l’Ashram doivent lutter pour la survie de leur expérience et développer les
moyens de maintenir la cité en fonctionnement. En 1980, une décision de la Cour
suprême de l’Inde permet aux résidents d’Auroville de poursuivre sans entraves
leur action. En 1988, le Gouvernement de l’Inde accorde à Auroville un statut
spécial et crée la « Fondation d’Auroville » par un Acte du
Parlement. La Fondation comprend trois groupes distincts : le Conseil
d’Administration (Governing Board), le Conseil Consultatif International
(International Advisory Council) et l’Assemblée des Résidents (Residents
Assembly). Cette dernière est constituée de tous les Auroviliens à partir de 18
ans et plus, dont les noms sont inscrits sur la liste officielle (Master List)
des Résidents d’Auroville.
Du point de vue du dessin urbain, le plan présente un concept  original basé sur l’idée d’une galaxie
en forme de spirale constituée de quatre zones convergentes : les
zones internationale, culturelle, industrielle et résidentielle entourées par
la Ceinture Verte (Green belt). À leur point de rencontre, au coeur
géographique de la ville, se situe un édifice en forme de sphère dorée (de 29,5
m. de hauteur et de 36 m. de diamètre,) le Matrimandir,
temple de la Mère, (à entendre comme la force spirituelle féminine qui gouverne
l’univers, la suprême Shakti, et non relatif à la personne de Mirra Alfassa),
endroit dédié à la concentration silencieuse.
La cité d’Auroville, qui a une croissance régulière, compte aujourd’hui
2500 habitants environ, venant de 44 pays différents : les indiens
représentent  41%, suivis par les
français (15%). On peut affirmer que Auroville n’est pas une communauté, mais
un ensemble (une centaine) de communautés, de taille et de caractéristiques
diverses, qui se situent sur les terres appartenant à la ville, parmi des
villages indiens, sur une superficie totale de 20 km2. Les activités des
habitants sont diverses et vont de l’agriculture et la régénération des sols, à
l’éducation, la santé, le travail de proximité, le commerce et
l’administration.

[1] Recueilli par Satprem dans L’Agenda
de Mère, Institut de recherches évolutives, Paris, 1991
[2] Aurovilien s’écrit avec un seul « l », selon la règle décidée
par les habitants.
[3] Disponible sur le site internet d’Auroville : www.auroville.org

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